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Arnaud Deschin a transformé sa galerie en aventure collective, où se croisent artistes, collectionneurs, critiques, commissaires d’exposition, dandys, rebelles, francs tireurs, esprits curieux. Un bateau ivre où le capitaine sait mener de concert l’ouverture à l’extérieur et l’intimité d’une maison, la découverte de jeunes artistes et la filiation avec ceux déjà reconnus, la rencontre entre la scène locale et internationale.
À la fois maison, lieu de résidence et galerie, chaque exposition fait l’objet d’une production spécifiquement conçue pour cet espace, tenant compte de l’architecture singulière pensée par l’atelier XY. Il est rare que des galeries privées puissent revendiquer un rôle si actif dans l’activité sismique de l’art contemporain d’une ville. Arnaud Deschin participe clairement aux rythmes, aux dynamiques, à l’invention et à la prospection d’une scène plus vivante, en réseau avec d’autres galeries dans d’autres villes, dans d’autres pays. Et avec une personnalité marquée, qui sait bien accueillir.
L’étendue de ses collaborations inclut aussi bien une foire comme Art-O-Rama qu’une structure associative défricheuse comme Triangle France. Peu de personnes le savent mais Arnaud Deschin, avant de s’investir dans une profession réglementée de délégué médical, a été artiste formé à l’école des Beaux-Arts de Marseille. C’est là une différence secrète mais indépassable avec d’autres galeristes, il n’a sans doute jamais cessé d’être artiste. Sa galerie c’est désormais son œuvre.

Pedro Morais, 2010

Arnaud a ouvert sa galerie en 2010, il y a 3 ans déjà, dans son appartement, comme l’avait fait Perrotin à Paris il y a vingt ans. C’est une stratégie commerciale de se dire, je ne dépense pas du fric, je mets tout dans la production, et je vis au milieu des œuvres – à la fois radine et généreuse. Il y a des collectionneurs qui ne comprennent pas du tout la démarche, qui veulent un espace dédié, l’art et la vie ça ne doit pas se mélanger, ça les fait douter sur la valeur des œuvres. En revanche les artistes ne s’y trompent pas, et ils sont souvent prêts à accepter les propositions d’Arnaud, qui a un relationnel assez spécial il faut dire, notamment parce qu’en parallèle d’être galeriste il est visiteur médical, il vend des anti-douleurs à base de dérivés morphiniques assez puissants, une poussée suffit, et il fait le geste, pschitt, donc dans le milieu Deschin on l’appelle « le pharmacien », ça fait bien rire les artistes. Il parle d’art comme du « produit », et en même temps il a un regard bien particulier sur les travaux parce qu’il a fait les Beaux-Arts ici à Marseille il y a bien longtemps, et aussi le sacro-saint passage chez Roger Pailhas sans lequel on ne peux pas monter une galerie à Marseille.

Il y a rencontré des figures comme Laurent Godin ou Pierre Bal-Blanc, que selon la légende il serait allé voir le jour où il s’est décidé à faire passer la visite médicale en second et l’art en premier (quand on lui demande pourquoi il avait arrêté l’art il dit d’abord qu’il voulait faire de l’argent, puis ensuite qu’il voulait une vie « rocambolesque »). Et donc Pierre Bal-Blanc toujours selon la légende lui aurait dit d’exposer tous les artistes qui passent en résidence à Astérides et Triangle France à la Friche Belle de Mai. Ce qu’il a fait, je m’en suis d’ailleurs assez vite rendue compte tellement ce conseil a été parfois pris de façon littérale mais comme on ne crache jamais sur un peu de publicité, j’ai laissé faire voire facilité bon nombre de transactions puisqu’il faut savoir qu’Arnaud parle un anglais plus qu’approximatif et qu’il envoie des emails et des textos plus vite que son ombre. D’où quelques malentendus avec certains artistes un peu attachés aux détails… ou au respect de la vie privée.

Regardez la liste des artistes avec lesquels a travaillé Arnaud Deschin : si vous êtes un vrai amateur d’art, elle parle d’elle même. Arnaud voyage beaucoup : Bruxelles, Miami, Genève, Paris, Monaco, Turin, et surtout Nice, son deuxième fief (c’est là qu’il vend ses stupéfiants). On saisira alors comment s’est constituée cette liste d’artistes : au gré des rencontres et des voyages, car Arnaud a compris que l’art c’est du social, du temps, de la discussion, de la fête, de la chaleur humaine, du sensuel, du formel, de l’amitié, mais aussi de l’intellect, du flair, de l’argent, et du réseau.
Arnaud a bien retenu la leçon des années 90, et comme l’esthétique du même nom, c’est un galeriste relationnel.

Texte commandé en 2012 à Dorothée Dupuis (Curatrice / www.petunia.eu / www.terremoto.mx)

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« LES CONDITIONS DANS LESQUELLES ON VOIT LES ŒUVRES SONT LAMENTABLES. LES EXPOSITIONS SONT TRES FREQUENTEES, ET PARFOIS PAR DES IMBECILES. ON NE PEUT QUE RESTER DEBOUT ET REGARDER, EN GENERAL AVEC QUELQU’UN D’AUTRE. IL N’Y A PAS D’ESPACE, PAS D’INTIMITE, NULLE PART OU S’ASSEOIR OU SE COUCHER, ON NE PEUT NI BOIRE, NI MANGER, NI PENSER, NI VIVRE. CE N’EST QU’UNE PRESENTATION. CE N’EST QUE DE L’INFORMATION »

DONALD JUDD