La GAD — Galerie Arnaud Deschin, au Carreau du Temple, Paris.
Arnaud Deschin représente : Apolonia Breuil, Jerome Cavaliere, Frank Perrin et Moo Chew Wong.
Textes du dossier du stand — 2015
Textes et notices d’époque, repris du dossier de présentation. Les signatures A.B., Nicolas Bourriaud, Vanessa Morisset et Paul Ardenne sont conservées.
Apolonia Breuil
Artiste née en 1988 à Paris. Diplômée de l’École des Beaux-Arts de Paris, elle vit et travaille à Paris et New-York. 1ère participation à une foire, 2e show avec La GAD.
NEW-YORK PARIS DAKAR Le gris a en lui une infinité de possibles. Il est lumière, tonalité et valeur à lui seul. Le gris est multiple, il est parfait. Le mélange de toutes les couleurs envisageables lui fait toucher au plus exquis de la peinture. Il est à exploiter jusqu’à l’absolu, ces tableaux sont un commencement. Rien de plus difficile que la recherche du simple.
A.B., 2015
« L’ampleur de son propos sur l’histoire, nourrit une vision du monde complexe, sans toutefois reléguer au second plan les enjeux proprement picturaux de sa démarche. Qu’il s’agisse de sa peinture ou de ses projets filmiques, son sujet me semble être la hantise — comment les fantômes de l’histoire peuplent aujourd’hui notre culture et nos manières de voir. »
Nicolas Bourriaud, 2015
Jerome Cavaliere
Artiste né en 1979 à Draguignan. Diplômé de l’École Supérieure d’Art de Grenoble (France). Il vit et travaille à Marseille (France).
Arnaud Deschin marchand exclusif des tableaux tirés à 30, 50 ou 70 mètres.
Faut-il prendre l’art avec des pincettes — ou plutôt avec un Fenwick? Et s’il avait raison? Peut-être que les œuvres d’art ne demandent qu’à être traitées sans déférence. Non pas qu’elles n’en méritent pas, ni que Jerome Cavaliere ne soit un vandale (enfin, pas toujours). Ses projets incitent surtout à penser que l’on entretiendrait avec les œuvres d’art un rapport plus adéquat à leur nature si on les abordait avec plus de familiarité et de proximité. Depuis bientôt un siècle, on nous répète qu’elles ont perdu leur aura, alors, qu’on en finisse pour de bon. Apparemment proche de l’Appropriationnisme, la démarche de Jerome Cavaliere s’en distingue néanmoins par une désinvolture affichée. Si ce précédent courant exprimait la prise de conscience d’un monde où tout a déjà été fait et où les œuvres anciennes deviennent un matériel de base — lorsque la “culture est devenue une véritable seconde nature” comme le dit Fredrick Jameson à propos du postmodernisme — ici il s’agit plus de conduire à son terme le processus de désacralisation de l’art dont l’origine peut être fixée quelque part autour du readymade réciproque de Marcel Duchamp : une toile de Rembrandt qu’il faudrait utiliser comme table à repasser. Dans son Entretien avec une œuvre d’art, 2012, Jerome Cavaliere accomplit ce projet duchampien en tirant à l’arc dans des tableaux d’Olivier Mosset. Ce sont bien sûr des toiles “home-made”, mais est-il totalement exclut que le peintre n’autorise un jour de tirer réellement dans l’une de œuvres, tant elles jouent parfaitement leur nouveau rôle de cibles ?
Un détail est très révélateur de la démarche de Jerome Cavaliere. Lorsqu’il tire dans les peintures de Mosset, il ne le fait pas n’importe comment. Que ce soit à 30, 50 ou 70 mètres, il atteint le cœur de la cible. Cela aurait sans doute plu à Miró, lui qui disait lorsqu’il peignait à la fin de sa vie ses trois Bleus, qu’il s’entraînait comme un archer japonais à la recherche du geste parfait. Ainsi, sa désinvolture face aux œuvres d’art, s’accompagne, de manière à priori paradoxale, d’une grande précision dans la réalisation. On découvre très vite qu’elle a pour fonction de revenir à l’attaque des œuvres par un autre biais, en pointant l’ambivalence qu’elles incarnent.
Vanessa Morisset (extrait)
Frank Perrin
Artiste né en 1969 à Paris. Il vit et travaille à Paris. 1ère participation à la YIA, 4e show avec La GAD.
Frank Perrin explore depuis plus de dix ans la notion de Postcapitalism, constituant ainsi un catalogue raisonné de nos obsessions contemporaines. Des Joggers aux Yachts en passant par les Défilés, Postcapitalism est un travelling métaphysique sur les idées fondatrices de notre époque.
Le projet Postcapitalism a pour enjeu en capture photographique (tant critique qu’esthétique) de notre monde capitaliste mondialisé. Cette étrange ambiguïté entre la conscience critique de notre modernité et la recherche d’une esthétique séduisante des panoramas de cette même modernité capitaliste, situe les photographies de Perrin dans un entre-deux indéfini. Ainsi, beauté, solitude, vanités, et ce qu’Henry Miller appelait “le cauchemar climatisé” s’entremêlant dans une étrange réalité dépassant souvent la fiction. Frank Perrin, articule son regard photographique méthodiquement autour de plusieurs séries autonomes, comme par exemple Défilés, Joggers ou Streets, ou Ruins comme autant de segments ou de chapitres d’un monde en constante mutation dans ses pulsions mêmes.
Le travail de Frank Perrin poursuit en quelque sorte les splendeurs et misères du XXI e, les contours de la beauté paroxystique de notre époque, dans toute ses démesures et ses vanités même.
Moo Chew Wong
Artiste chinois né en 1942 en Malaisie. Diplômé de l’École des Beaux-Arts de Paris, il enseigne la gravure à la Villa Arson à Nice (France). Il vit et travaille à Paris (France).
Série exclusive “Motoburnout” pour le stand de la YIA.
Peintre autant que graveur, Moo Chew Wong s’attache à l’acte de peindre, au trajet de son pinceau sur la toile, à la matière, à la performance picturale autant qu’aux sujets de ses œuvres. Il immortalise le quotidien dans la lignée des peintres de la modernité expressionniste avec une frénésie et un sentiment d’urgence si constamment renouvelé qu’il en devient communicatif. Moo Chew Wong peint à l’huile, de manière compulsive, il travaille avec brosses et spatules, rejoue « les grands gestes du peintre » (MAMCO 2010) comme s’il était le premier, comme si c’était la première fois, comme si cela ne devait jamais s’arrêter. Moo Chew Wong, depuis plusieurs années, se consacre avec délectation à la thématique « Bikes and Babes ». Sur leurs « bécanes », des femmes presque nues, sexy, aux arrière-trains avantageux rivalisent avec les formes des véhicules qu’elles montent, cuisses écartées, bien dans leur chair, bien dans leur double position de muses et de passagères. Ces muses, à l’occasion, se déchaînent, en particulier lorsqu’elles s’emparent du guidon pour pratiquer en amazones décomplexées le fameux burn out. La passion qui anime ici Moo Chew Wong, sa joie de peindre évidente, née de sa générosité (Moo semble ne vouloir jamais s’arrêter ni aucunement hiérarchiser ses œuvres), sont si profondément authentiques qu’elles écartent d’un geste de pinceau toute velléité critique. Pur plaisir des sens de celui qui peint, pur plaisir des yeux de celui qui regarde. Jubilatoire. Plein gaz, mesdames !
Paul Ardenne




































