Du 2 avril au 12 juin 2010
Commissariat ARNAUD DESCHIN
La GAD Marseille
Vernissage samedi 27 mars 2010, à 18 h
FANNY BAXTER
→ PRESS RELEASE
Carton d’invitation recto verso










Vues de l’exposition Swimming Sarko, Fanny Baxter, La GAD, 2010.
100 kg, 2010
Broderie, textile, béton, clou, 80 × 80 cm.
Courtesy La GAD, Marseille.
Assise à une table de campagne, une femme pose en gants et lunettes noires en tenant la Canned Zaa, une boisson en vente dans le cadre des activités du Laboratoire Zaa de Fanny Baxter. Derrière elle, au milieu des prairies, sont disséminés des inquiétants fumigènes, faisant planer un doute sur l'usage potentiel de ce produit: boisson thérapeutique? explosif artisanal? Le regard défiant de la femme sur la photo devient alors plus troublant, et le slogan de l'annonce, "be yourself, everyone else is taken" prend une connotation insidieusement politique.
Dans cette lecture se trouvent condensés certains des enjeux et stratégies développées par l'artiste. Son Laboratoire Zaa est une structure dont les départements, services et produits proposés empruntent et détournent des catégories associées aux entreprises et à la publicité. La désignation "laboratoire" met aussi l'accent sur le détournement du langage médical et thérapeutique, qui sous-tend ses propositions partant de l'analyse d'une pathologie sociale pour en proposer des réponses adaptées. Évidemment, les solutions apportées ne font ici que mettre en évidence le problème.
Le principe de l'artiste-entrepreneur, le détournement du langage commercial, et l'infiltration des codes du monde économique, ont une filiation artistique déjà longue, allant de Gilles Mahé à Iain Baxter, en passant par l'Atelier Van Lieshout, Philippe Thomas ou Fabrice Hyber. Il est même possible de parler d'une mouvance qui a atteint son point culminant pendant les années 90, réunie par l'artiste Yann Toma dans un ouvrage autour de ce qu'il désigne comme "entreprises critiques" (1). Se focalisant sur les discours produits par le monde social et économique, l'écrivain Jean-Charles Massera a écrit en 1999 un ouvrage-référence (2) autour de ces tactiques de ré-appropriation de la langue des "experts". Sa proposition de sortir du champ des rapports internes à l'art, pour investir et démonter les ordres de discours et les contextes d'énonciation du monde socio-économique, permet d'exposer des rapports de pouvoir implicites, ayant recours à l'absurde ou à l'ironie. La lutte se fait en quelque sorte avec les armes de l'ennemie.
«Chercher à travailler des propositions qui échapperait à la logique de l'opposition ou de l'adhésion. Repartir des pratiques qui structurent notre imaginaire (le tourisme, le zapping, la mode, la variété, la consommation, le jeu, etc.), des lieux qui génèrent et structurent nos comportements collectifs (la chambre, l'école, l'espace public, le centre commercial, l'entreprise, etc.), des modèles auxquels nous cherchons à nous identifier, etc., et tenter de se réapproprier du temps et de l'espace - un temps et un espace dont nous aurions été dépossédés» (3).
Les artistes s'emploient ainsi à détourner des discours préexistants, les amenant jusqu'à la formuler leur propre critique. Le point de vue est déplacé, sortant d'une critique extérieure pour trouver à l'intérieur même des codes et règles dominantes le moment où ils dévoilent leur dimension arbitraire.
Fanny Baxter construit ainsi son univers avec des bouts du nôtre, infiltrant avec malice autant le langage administratif et médical que le rôle de l'artiste quand il semble vouée à n’être qu’un supplément d'âme ou à devenir son propre médiateur culturel. Elle prend la langue de bois au mot et la pousse dans ses retranchements, ne s'interdisant ni la satire, ni la caricature. Dans ses propositions thérapeutiques, elle met en évidence le langage terne des services de vente avec solutions rédemptrices qui est le ferment du consensus socio-administratif.
Ainsi, l'un des services du Laboratoire Zaa propose des masques d'animaux devenus objets transitionnels, dans le cadre d'un atelier nommé "joie de vivre". Mais toutes les pathologies sociales sont ciblées avec des traitements spécifiques, de la normopathie, à la victimite-aigüe ou l'imagophatie. La cerclopathie, par exemple, un addiction à la consommation qui entraîne l'illusion d'un pouvoir de possession, peut être dépassée tout simplement avec des techniques Waste, soit la destruction d’un objet que nous pouvons acheter sur place, cherchant ainsi à le domestiquer à l'aide d'un fouet. D'autres services peuvent autant concerner le dressage d'animaux, que l'exploitation de salles de jeux ou l'organisation de loteries.
A la gad, galerie arnaud deschin est présentée Sarkoland, une sculpture qui intègre la série Brainwear, un « prêt-à-porter pour cerveau », où les rituels d'usage des objets sont à réinventer. Ici, cette réinvention se fait plutôt à nos risques et périls: il s'agit d'une bouée, certes, mais en béton, et il est alors plutôt envisageable de l'utiliser comme une couronne mortuaire. D'ailleurs y est déjà inscrit un message d'adieu. Un adieu politique dont le titre Sarkoland, semble évoquer la tentative de l'artiste à "matérialiser des phénomènes mentaux".
Dans Zone 2, en juillet 2010 à la gad, projet en cours du Laboratoire Zaa, il s’agit de déclencher des "zones de sensibilisation". Fanny Baxter se déplace dans plusieurs pays (Russie, Italie, Mexique, Maroc, Bulgarie) pour y mener une enquête et disséquer des lieux particulièrement chargés. Cette zone est ensuite délimitée par une rue balise qui reste sur place, et photographiée. La photo atteste l'acquéreur de l'achat de la zone en question, engageant un processus de réappropriation du réel sous un mode d'occupation qui peut évoquer le graffiti ou les bloc parties.
Les lettres exposées à la galerie déploient sa démarche en mélangeant les registres du courrier administratif, de la présentation de projet artistique et des techniques de marketing. L’un des envois est dirigé à des mairies leur demandant le prêt d’un local pour y installer le magasin Queen Kong, spécialisé dans le changement d’identité (à l’aide d’un bataillon de collaborateurs, allant du coiffeur au psychologue). L’autre a été dirigé à des directeurs d’institutions, des galeristes et des critiques d’art, leur proposant un déplacement pour essayer un nouveau microscope permettant d’analyser « l’espace entre deux êtres ». Les deux dernières sont adressées à la bourse (leur demandant d’y faire rentrer le Laboratoire Zaa) et à l’Académie Française (avec la proposition d’intégrer l’acronyme Zaa dans le dictionnaire).
Dans une oeuvre antérieure, l'artiste mettait déjà en place cette méthode d'infiltration, en timbrant des billets de banque avec le logo "Souvenirs du Paradis Terrestre", envisageant l'univers économique, la circulation de la valeur et la possession de biens comme des propriétés irrémédiablement éphémères.
De ce "paradis" là ne gardons alors rien.
Pedro Morais
(1) "Les entreprises critiques" Yann Toma avec la collaboration de Rose Marie Barrientos, coedition CERAP éditions / Cité du design éditions / Advancia Negocia
(2) et (3) Jean-Charles Massera, « Amour, gloire et CAC 40, Esthétique, sexe, entreprise, croissance, mondialisation et médias », P.O.L, 1999
Annexe — Fanny Baxter / Laboratoire Zaa
Fanny Baxter, née en 1969 à Montréal, Canada.
→ Laboratoire Zaa
Laboratoire Zaa — présentation
Le Laboratoire Zaa représente l’œuvre globale de Fanny Baxter. Le document « A4 Marseille » associe des photographies des œuvres à des citations sur la diversité du vivant, le détournement des travers de l’époque et l’analyse du comportement humain.
Balisage — 2011
Fanny Baxter — Laboratoire Zaa
Du 28 janvier au 25 février 2011
Château de la Falgalarié, Aussillon, Tarn
Commissariat : Donatien Rousseau
Vernissage le vendredi 28 janvier 2011 à 18 h 30.
Supervues — 2011
Du 16 au 18 décembre 2011
Hôtel Burrhus, chambre n° 25
1 place Monfort, Vaison-la-Romaine.
La chambre-kamikaze, première pièce de sensibilisation testée pendant trois jours par Fanny Baxter, est issue d’une résidence à la Chambre Claire. Cette installation est extraite d’une œuvre globale intitulée l’Appartement-témoin.































