Du 1er au 31 janvier 2013
24 h/24, façade de la galerie
Commissariat ARNAUD DESCHIN
La GAD, 34 rue Espérandieu, Marseille
MATTHIEU CLAINCHARD





Matthieu Clainchard, brown box, janvier 2013.
Strates urbaines : la Brown box au 34 rue Espérandieu
Si vous avez l’œil aiguisé vous repérerez peut être la Brown box n° 7 signé Matthieu Clainchard.
Si non… laissez-nous guidez votre regard.
La Brown box est une œuvre in situ. Partant de l’existant, un coffret électrique, elle interroge le mobilier urbain, elle transfigure un objet des plus banals. Banals c’est-à-dire, bien ancré dans le paysage. Des box, en ville, il y en a des tas. Mais celle que vous pouvez voir rue Espérandieu requiert toute votre attention.
Matthieu Clainchard réalise des Brown box depuis 2005, cela marque l’origine d’un travail que l’on peut regarder comme tenant de la série. Le postulat de l’artiste pour ces premières réalisations (exposées à Nice, Saint-Denis, Vélizy-Villacoublay) était de faire transiter le mobilier urbain à l’intérieur de l’espace d’exposition : du white cube. Ce geste vient mettre en branle les habitudes perceptives de n’importe quel spectateur. Prendre un objet de la rue pour le placer dans un espace de monstration, déconnecté, revient à focaliser l’attention sur ses objets que nous ne regardons pas. Matthieu Clainchard parle d’ « objet sans qualité ». Les coffrets électriques sont discrets, ils enveloppent, ils cachent et protègent tous les fils et autres connecteurs. Dans le white cube, cette boite sans qualité acquiert un nouveau statut, celui d’objet d’art.
Néanmoins, même dans un espace d’exposition la Brown box peut se fondre dans le décor et être aussi invisible que dans la rue. Lorsqu’ une Brown box fut exposée dans le musée de Saint Denis, les commissaires ont oublié sa présence. L’œuvre est donc restée des années : nouveau mobilier muséal. C’est souvent ce qui arrive aux Brown box de Clainchard.
Cette Brown box n°7, tirant partie de ces expériences précédentes joue sur les codes du camouflage. L’idée de cette création est aussi à l’initiative d’Arnaud Deschin. Il a convaincu Matthieu Clainchard d’envahir, reprenant un de ses motifs fétiches, l’espace extérieur de la galerie, un hors les murs.
C’est une œuvre en devenir. Le protocole suivant : en partant du nuancier Pébéo du marchand de couleur marseillais, il s’agit de poser les couleurs (24 en tout) les unes sur les autres en laissant visible, sur un centimètre sur le bas de la box, la couleur précédente. Il y a des entorses à cette règle. Ideal Corpus a choisi la couleur à appliquer.
Sa pratique artistique est loin d’être déconnectée de celle des avant-gardes du XXe siècle. Mathieu Clainchard réaliserait une connexion entre le monochrome et le ready-made. Le ready-made est choisi pour ses qualités d’indifférences artistiques mais il peut être élaboré artificiellement. Les Brown box de Mathieu Clainchard peuvent être, telle quelles, un support pour la peinture ou recréées à partir de divers matériaux (comme le bois). Il affirme qu’il vient toucher un point névralgique, que ces boites sont très importantes dans nos vies dans la mesure où elle protège le réseau téléphonique et internet. Nous dirons qu’il transfigure un existant au design défensif. Dans son œuvre, par exemple, on retrouve cette même dialectique dans la photographie Fenced en 2007. La collection constituée à partir du travail photographique de l’artiste, en ce sens, est une riche base de données pour l’univers des Brown box. Du ready-made comme héritage symbolique dans la rue, Clainchard, génère des sculptures abstraites, des objets-limites qui tiennent formellement des inventions minimalistes. Pratique de caviardage, simulacres… surtout réappropriation de l’espace public.
En somme, nous vous proposons une expérience du réel dans la rue : la ville comme objet physique et virtuel. La Brown Box n°7 au 34 rue Espérandieu introduit un espace pour l’imaginaire dans le monde social, une « porte de sortie » ou « une fiction agissante. » Chaque couche de couleur en cache une autre. Soyez attentif, ce sont les phases d’une création. Comme un vestige archéologique, chaque strate porte une histoire et marquée par un évènement. Et le regardeur peut s’y retrouver, se repérer…
Texte sur le travail de Matthieu Clainchard — octobre 2010
Chez Matthieu Clainchard les objets sont ce qu'ils sont. Ils s'imposent, sans détournement ni excentricité, exactement dans leur formes, dimensions, et dispositions initiales. Répliques d'objets choisis dans l'espace public, ils révèlent par l'unique soucis de reproduction fidèle l'illusion provoquée par ces objets dans notre environnement.
Ainsi la "Brown box", (parfaitement semblable à celles visibles sur les trottoirs français et servant d'armoire télécom) n'a de marron que son titre. En effet ces armoires sont peintes en marron afin de les rendre moins visibles. Matthieu Clainchard utilise la même astuce que l'urbaniste designer pour faire disparaître sa "Brown Box" de l'espace d'exposition : il peint sa boite en blanc. Il opère ainsi un glissement de l'espace public à l'espace d'exposition tout en conservant à la fois la forme de l'objet choisi ainsi que l'intention de le faire disparaître.
L'objet s'éclipse. Ses caractéristiques principales demeurent : le volume et la peinture crépi. Le volume camouflant les réseaux téléphoniques et le crépi visant à empêcher l'affichage sauvage. De l'esthétique utile pourrait-on dire.
Une autre forme géométrique de dissimulation : les "Hexagones". Les pots de fleurs décorant les villes sont initialement prévus pour être des plots anti-voitures. Clainchard ne conserve que leur gabarit. Il dresse un parallèle entre la forme et la fonction de l'objet. L'urbaniste déguise des plots anti-voitures en pots de fleurs, Clainchard déguise ces plots anti-voiture en sculptures.
Vasarely, s'agirait-il encore une fois d'un leurre? Non, c'est un Clainchard, vrai de vrai. Puisque Vasarely a fait une chute dans le domaine public, il se l'approprie en le réinjectant dans l'espace d'exposition. Il sample la propriété.
Les anti : anti-passage, anti-chute, anti-parasites...
Les bacs acier protégeant les chantiers urbains, seuls éléments colorés d'un décor de banlieue sont autant de pigments à sa disposition. Avec "Rasta Flag Bac ( 9-3 DDE style)", il en fait une bannière : un danseur rasta par la simple re-disposition des barrières. Vert, jaune, rouge : couleurs utilisées par la DDE (direction départementale de l'équipement) dans le département 93, un environnement où les communautés Afro sont massivement représentées.
C'est un appel aux corps en action, un cri de ralliement populaire et urbain. Nous sommes conviés à la grande fête, tous comme les bruits parasites sont les seuls admis dans "Buzz" ou encore les invités à la Free-Party au supermarchés qui usent du lieu sans consommer.
Clainchard et son haut-parleur géant, un rassembleur qui invite des artistes lors de son "exposition personnelle" met en avant la nécessité d'être en groupe. Il n'est pas étonnant que son travail use de nombreuses références à l'industrie cinématographique, dont l'oeuvre ne peut exister que par un travail collectif.
Quittons le décor pour le hors champ. Avec "Parachute", nous avons le protocole nous permettant de devenir cascadeur. Duplication de l'image de l'acteur-star, c'est le double qui agit avec les contraintes de la vie "réelle" et sans effets. Le cri de la chute joyeuse est mêlé à la montée d'adrénaline.
Clainchard agit comme un révélateur des images et formes, celles que l'on connaît tous, qui ne semblent pas avoir d'importance et qui pourtant s'impriment dans les esprits.
C'est son côté vintage, avec toujours, la question de l'authenticité. Il cherche à désintégrer ce qui est intégré, bien digéré même, à la façon d'un remix nous faisant redécouvrir un bon vieux tube.
Matthieu Clainchard membre actif du collectif d’artistes : "Bad Beuys Entertainment" (fondé en 1999 – dissout en 2007) dont les actions visaient à développer de nouvelles formes de sculpture sociale en résonance avec la culture urbaine.
Il est co-fondateur du "Commissariat" en 2006 un collectif d'artistes - commissaires.
Diane Guyot de Saint Michel & Frédéric Pradeau (octobre 2010)
